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De quoi Mediapro est-il le nom ?


De quoi Mediapro est-il le nom ? Cette question qui a longtemps collé au dos du géant audiovisuel espagnol sera bientôt totalement archaïque tant son nom risque d'être longtemps associé à ce qui s'annonce comme une des pages les plus noires du football français.Le désastre qui vient est gigantesque, nombreux sont les experts de l'économie du football qui l'ont évoqué en long, en large et en travers. Les signaux d'alerte existaient, depuis très longtemps, quasiment depuis 2017, année où le pactole du millard fût atteint, bien sûr toutes trompettes hurlantes, histoire bien faire comprendre à nos voisins européens que la L1 entrait elle aussi dans la cour des très grands. La farce. Les hypothèses les plus inquiétantes se multiplient: cessation de paiement, impossibilité d'assumer les charges normales d'un club professionnel, faillite... les mots font peur. Loin de moi ici l'idée de me lancer dans une analyse macro-économique de la situation. Non, la simple analyse de la faillite sportive de notre football français suffit, et elle est déjà assez grave et triste.

2017 disais-je donc. Didier Quillot, DG de la Ligue nouvellement nommé, pouvait être fier d'avoir accompli la mission que lui avait confié le Conseil d'Administration de la LFP (décrire le fonctionnement des instances de notre football plus en avant nécessiterait au moins un autre article). Le frémissement annoncé de l'état de nos clubs après une double décennie d'errance se matérialisait enfin par des gains économiques et financiers substantiels, la L1 allait enfin pouvoir combler le gouffre qui la séparait des 4 mastodontes du football européen, si tant est qu'on veuille vraiment encore que de seuls arguments économiques suffisaient à expliquer l'écart, mais passons.

Le supporter de L1 pouvait à priori se réjouir. A priori seulement. Les présidents eux n'auraient jamais pu imaginer meilleure nouvelle. Certains n'ont d'ailleurs pas attendu très longtemps avant de commencer à dépenser l'argent de ce milliard durement acquis. Les visionnaires d'hier seront peut être les cocus de demain, le karma est cruel. Pourtant le coût sportif et affectif était élevé, très élevé.


Déjà, le football professionnel jetait par-dessus bord toute considération pour le football amateur en acceptant de caler les horaires classiques de la L1 au dimanche après-midi au lieu du sacro-saint samedi 20h. "Les autres le font, pourquoi pas nous ?", il n'y avait pas plus bête que celui qui ne voulait pas changer. Leur rétorquer que tout cela allait continuer à creuser le fossé entre professionnels et amateurs mettre en péril de nombreuses structures, sans doute faire perdre quelques spectateurs et téléspectateurs à la L1 (tiens tiens tiens...), tout cela n'était que du vent. Argumenter tout simplement que dans la minuscule culture foot française, le sport professionnel au samedi et le sport amateur au dimanche était un pilier ? A quoi bon ? LE MILLIARD!

Et que dire de la façon dont était traité Canal+ ? Partenaire historique, indéfectible du football français, sa meilleure vitrine tout comme la L1 constituait sa principale affiche, la Ligue jetait son ex pour les bras de plus jeune et à priori plus belle qu'elle sans la moindre considération. Cette rupture de confiance, Canal s'est empressée de la rappeler quand le football français est revenu tout penaud lui réclamer l'aumône au printemps dernier. Le paiement a eu lieu, à son prix et à ses conditions, et c'est sans doute comme ça que Canal récupérera et sauvera une fois de plus le football français, si tant est qu'il en soit encore possible.

Car à force de jouer avec le feu, notre football français s'est cette fois-ci bien brûlé. Il était déjà sorti bien amoché du grotesque spectacle du printemps dernier, quand tout à son arrogance, sa suffisance (et son incompétence), il s'était tiré une décharge dans le pied en arrêtant ses compétitions là où tous nos voisins s'attelaient à organiser la reprise. La démagogie l'avait emporté sur le bon sens. On nous disait faire passer l'humain avant l'économie, en faisant mine de nier qu'ils préféraient s'asseoir sur une part du dû de Canal pour s'assurer de récupérer le pactole de Mediapro, les rumeurs s'intensifiaient déjà quant à la capacité réelle de Mediapro à assumer ce pourquoi elle s'était engagée. L'incompétence disais-je, la plus crasse qui soit. Cette décision calamiteuse, sur laquelle personne, de Sylvain Kastendeuch à Didier Quillot en passant par Didier Deschamps ou Jacques Henri Eyaraud, ne veut plus revenir, bien plus diserts tous autant qu'ils étaient à l'époque. Ce fiasco est intimement lié à celui de Mediapro, l'un va avec l'autre, ils se suivent. Ce sont les mêmes décideurs, les mêmes enjeux, les mêmes erreurs.

Mediapro ne pouvait pas fonctionner. Je parlais de coût tout à l'heure, mais qui pouvait décemment croire que la L1 et la L2 valaient 25 euros par mois, pour ne pas avoir en plus l'intégralité des matchs ? James Roures, président de Mediapro, à l'audace de dire que les jauges limitées dans les stades affaiblissent trop son produit, et s'il est vrai que l'on y perd du peu de spectacle que la L1 donne, il n'en reste que nombreux sont les gens qui devraient privilégier la TV au stade ? Avec selon les sources entre 278 et 600.000 abonnés, loin des 3.5 millions sur 3 ans espérés initialement, le fiasco est total. Et ne comptez plus sur personne pour tenter l'abonnement maintenant. Mediapro est mort-né.On nous les présentait comme de grands professionnels du packaging et de la production, Didier Quillot nous assurait une réalisation de niveau hollywoodien, un saut dans l'excellence, "vous allez voir ce que vous allez voir". Pour voir on a vu. On a vu des fiascos récurrents, des erreurs grotesques, des plantages, l'affligeant spectacle de PSG-OM et le mauvais rôle joué par Telefoot. Rien ne sera sauvé du naufrage quand il adviendra. Rien ne le peut ni ne le pourra. Une petite pensée d'ailleurs pour les journalistes nombreux, stars habituées de nos écrans ou petites mains issues des anciens diffuseurs, qui paieront eux aussi les pots cassés de cette arnaque.

Alors de quoi Mediapro est-il le nom finalement ? Le Watergate de la L1 ? Un nouveau syndrome qui consistera à cumuler négligence, arrogance, incompétence et mépris ?

L'escroquerie presque parfaite ? Le futur du football français sera long, très long, alors que l'avenir s'annonçait si radieux. Le prix à payer pour tant d'errances.

Pour nous supporters de nos clubs, amateurs de football et passionnés, ça sera en tout cas bien plus que 25 euros.


Crédit photos: média sportif, France bleu

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