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Metz joue à quitte ou double


Un profond vent d’optimisme déferle dans les têtes messines depuis un bon mois maintenant. Depuis combien de temps après tout le FC Metz n’avait-il pas entamé une phase de son histoire aussi excitante, entre nouvelles ambitions sportives et renouvellement immobilier tant attendu ? La campagne d’abonnement cartonne, laissant envisager de dépasser le record des un peu plus de 12000 abonnés de l’été 2014, témoignage là encore d’une excitation certaine du peuple Grenat. Tout serait-il trop beau ? Certains esprits taquins se posent la question, c’est aussi celle que je me pose en creux ici. Non pas que je veuille verser dans le rabat-joie, je fais partie de ceux qui abordent avec confiance l’avenir à plus ou moins long terme d’un club que je ne cesse de voir reculer à force de stagner depuis maintenant 17 ans. Mais le nerf de la guerre d’un club de football, quoi qu’on veuille en dire, quoi qu’on veuille en penser, reste la vérité du terrain, celle des 38 échéances de août 2019 à mai 2020. Frescaty ou la future Sud ne ramèneront pas de point au FC Metz, hélas.


Metz champion sans contestation d’une Ligue 2 qu’il a dominé de bout en bout, le scénario est connu déjà, l’histoire c’est à chaque fois mal finie : en 2007, Carlo Molinari n’avait pas voulu bousculer un groupe jeune mis entre les mains d’un brillant formateur, Francis de Taddéo qui n’avait rien d’un entraîneur d’une équipe de football professionnelle, se contentant d’y ajouter quelques éléments d’expérience que furent Cubilier, Barbosa ou Delhommeau, le cocktail fut calamiteux.

7 ans plus tard, les paris exotiques de Bernard Serin (Malouda, Falcon, Krivets, Sassi, Ben Youssef) mélangés à la jeunesse Grenat vainqueur de la Gambardella 2010 puis auteure d’une remontée spectaculaire du National à la L1 (Sarr, NGbakoto, Métanire, Bussmann) n’ont pas su empêcher la lente agonie du glacial hiver 2014-2015, renvoyant Metz à sa chère Ligue 2.

Alors que faire ? Frédéric Antonetti, Bernard Serin et Philippe Gaillot s’étaient appuyés l’an passé sur un plan en 3 ans, bâtir une colonne vertébrale en Ligue 2 à amener au niveau de la Ligue 1, forte d’éléments expérimentés de L2 (Oukidja, Boulaya, N’Guette, Diallo), d’autres de L1 (Sunzu, Boye, Cohade, Balliu) et quelques paris de joueurs à bon potentiel (Fofana, Delaine, Gakpa, Angban, Maïga).

Cette logique, Metz s’y tient, certains diraient s’y colle trop. Exit les coûteux joueurs étiquetés Ligue 1 recrutés à prix d’or en 2016 et 2017, à l’époque où tout était misé sur l’expérience à tous les étages et d’où au final seuls 2 voire 3 joueurs ont réellement convaincu (Cohade, Dossevi, Roux) quand les autres ont plus ou moins poussé loin le curseur du manque de professionnalisme, place maintenant aux paris sur l’avenir, aux bons joueurs de Ligue 2.

Fabien Centonze en est finalement la parfaite illustration. 3 saisons convaincantes à Clermont, élu dans l’équipe type de Ligue 2 pour sa seule saison à Lens, il arrive pour relativement cher (3 millions d’euros) et un contrat longue durée de 4 ans, à lui maintenant de passer un cap qu’un de ses illustres prédécesseurs Sang et Or a franchi allègrement chez le voisin strasbourgeois, je parle bien sûr de Kenny Lala.


Même semblant de réflexion pour Thierry Ambrose, venu lui aussi de Lens fort d’une fin de saison réussie où son retour en forme a contribué aux fous espoirs lensois de montée ou Kévin N'Doram, parfois décrit comme un des plus prometteurs éléments monégasques. Les autres pistes citées puis abandonnées suivaient la même logique (Zinédine Ferhat, Olivier Boscagli, Julien Masson, Gaétan Robail...) ; bref, autant de joueurs prometteurs, à fort potentiel, finalement l’idée qu’un très bon groupe plein de promesses de niveau L2, bien dirigé, peut et doit franchir le niveau de la Ligue 1.


Finalement il y’a là toute la stratégie globale qui est en jeu. Les projets immobiliers ne sont pas gratuits, le club s’y est lancé en en prenant une très grande charge, il sera question de vite les rentabiliser. D’abord avec la manne des droits TV du futur appel d’offres pour les saisons 2020-2024, 1.3 millards que se partageront les 20 clubs de L1. Metz ne peut pas les laisser s’échapper, le gouffre avec la Ligue 2 devant se creuser encore davantage. Ensuite par ses propres retours sur investissement, suivant les modèles réussis de Angers ou Strasbourg, tous deux réussissant régulièrement leurs coups sur les marchés de Ligue 2 et obtenant des plus-values juteuses assurant la pérennité économique du club. Le SCO s’est refait son stade, reconstruit son centre d’entraînement, massivement investi dans son centre de formation et s’installe de plus en plus solidement en L1.


Première remarque personnelle, les meilleures idées du FC sur ces dernières saisons sont venues de la Ligue 2 : ainsi Falette, Niakhaté, Mollet figurent parmi ses plus belles réussites, quoique celle de Florent Mollet fut contrarié par son utilisation catastrophique pendant 18 mois et a finalement explosée presque par hasard, à la faveur d'une blessure de Yann Jouffre lors d'un échauffement à 10 minutes d'un match face à Rennes.

Deuxième remarque, on peut lire parfois que Metz ne chercherait pas à se renforcer mais se contente de pallier les départs. Reproche ou pas mais après avoir tant taillé le manque de clarté et de cohérence dans les choix et politiques sportives menées par Bernard Serin depuis 2009, il y’a là au moins un vrai travail et une vraie réflexion de fond menée, aussi bien stratégique que sportive. Et les moyens y sont mis, Frédéric Antonetti ayant rebâti un staff bien plus riche que par le passé. Sous la houlette de Vincent Hognon, 2 adjoints supplémentaires, 1 nouveau préparateur physique, de quoi individualiser au mieux et au maximum le travail.

Le nouveau staff technique messin au grand complet

Pour être dans une comparaison peut être osée mais qui prend du sens à la lumière des faits, il y’aurait presque chez le Frédéric Antonetti version FC Metz du Marcelo Bielsa, la volonté de travailler sur une feuille blanche, de confier à un entraîneur expérimenté des jeunes profils à valoriser, quitte à risquer d’en faire trop comme ce fut le cas pour El Loco à Lille ? Metz n’a pas encore versé dans le dogmatisme pur et dur qui avait poussé Bielsa et Campos à se séparer d'éléments comme De Préville, Eder ou Basa, ce qui avait alors sûrement manqué à Lille. La colonne vertébrale de l’équipe (Oukidja, Boye, Sunzu, Cohade) dégage une réelle expérience du haut niveau en club et en sélection et on sait Metz attentif à la situation de quelques joueurs expérimentés, à l’instar il y’a quelques semaines de la rumeur Jimmy Briand. Puis la phase du mercato dit “mercato “des opportunités” comme dirait Philippe Gaillot débute à peine, et on sait Bernard Serin parfois friand de coups de poker osés, qui n'ont jusque là c'est vrai pas vraiment toujours été marqué du sceau de la réussite.


Mais finalement, n’y a t'il pas plus risqué en football que de ne pas prendre de risques, le FC Metz version Carlo Molinari l’avait payé cher sur sa fin de mandat. Quel réel risque y’a t’-il d’ailleurs à ne pas prendre ces profils vus et revus de L1, moyens partout, jamais vraiment bon nulle part ? Caen ou Guingamp avaient pris cette option, ils seront cette saison dans la redoutable jungle de la Ligue 2. Finalement le pari est réel mais le risque est calculé et dans le fond moins risqué qu’il n’en a l’air.

Encore que Metz joue gros, une nouvelle descente en L2 en mai 2020 brouillerait pour de bon son image déjà largement écornée par 17 ans d'errances, sans parler du désastre économique potentiel qui en résulterait. Mais n'y pensons pas, pas encore en tout cas.


En fait il n’y a même pas à déborder de confiance ou de pessimisme, juste de curiosité et d'excitation, ce sentiment mêlé qui parcourt les esprits de tous les cœurs Grenats, y compris les plus froids d’entre eux.

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