UN MAILLOT, DES HISTOIRES À RACONTER.




Un maillot de 1932 à la sauce d’aujourd’hui. Pas de gros sponsors, ni de motifs, un design simple comme lors de cette époque, où seulement les manches et le tour de cou furent noir, comblés par du blanc. Ces couleurs sont présentes sur le blason de la ville de Metz, bien qu’elles ne le soient plus de nos jours sur le maillot actuel, un changement pris à la suite d’un déplacement à Marseille où des supporters adverses scandaient : « Bande d’Allemands, rentrez chez vous » puisque le noir et le blanc étaient aussi les couleurs de l’équipe nationale allemande. Cette scène se produit 18 ans après le retour de la Lorraine dans le territoire français. Des paroles qui choquent le milieu de terrain messin Charles Fosset, blessé, qui assistait à la rencontre dans les tribunes (il deviendra entraîneur du FC Metz à deux reprises, une fois de 1944 à 1945 puis de 1947 à 1949), aux côtés de son président, Raymond Herlory. Dans le train du retour, le capitaine messin, Marcel Marchal, fait part de son désarroi à Charles Fosset. Les deux hommes proposent alors à leur président de changer la couleur des maillots et d’opter pour le grenat, l’une des deux couleurs du Cercle Athlétique Messin (CAM) dont le FC Metz est la section professionnelle depuis 1932. L’idée séduit Raymond Herlory qui parvient à convaincre le Groupement des clubs autorisés (ancêtre de la LFP) à accepter ce changement.

Un peu d’histoire…


Revenons 87 ans en arrière, la genèse d’un club historique et légendaire, notre FC Metz. C’est dans les années 1930 que le football professionnel apparaît en France. La FFFA, (Fédération Française de Football Association) aujourd’hui plus connue sous le nom de la FFF, autorise enfin les clubs à pouvoir s’attacher les services de joueurs rémunérés, une pratique déjà commune en Angleterre puisque cela a commencé en 1885 chez eux. Mais c’est bien à la Brasserie Windsor, rue du Change que les dirigeants du Cercle Athlétique Messin, un club aux gros moyens financiers pour l’époque, se retrouvent en assemblée générale à propos d’un projet… celui de faire du CAM un club professionnel. La Fédération Française de football accepte la candidature messine. C’est donc le 15 avril 1932 en adhérant au Groupement des clubs autorisés que le Football Club de Metz voit le jour et participera au premier championnat de France de football professionnel. La présidence du club est confiée à Jules Cocheteux, conseiller municipal de la Ville de Metz, qui annoncera le 21 août de cette même année des travaux d’envergure à un Stade Saint Symphorien qui accueillera 10 000 spectateurs dont 2 000 places couvertes.


La préparation avant le Jour J


L’effectif du CAM est conservé, les clés de la formation sont toujours confiées à l’ancien défenseur autrichien du Rapid Vienne Willy Steyskal. Les dirigeants privilégient l’arrivée de joueurs de la région mais le règlement stipule que les clubs professionnels ne peuvent s’attacher les services que de seulement trois joueurs amateurs. Ce seront donc trois joueurs de l’équipe rival l’Association Sportive Messine (une fusion aura lieu entre ce club et le FC Metz le 22 juin 1933) qui seront recrutés : les deux attaquants Maurice Hippert et Albert Rohrbacher rejoignent le club, ainsi que le défenseur Paul Thomas détenteur de la toute première licence professionnel en France. Lucien Poinsignon, secrétaire générale du Club, voit plus grand et se tourne vers des joueurs étrangers en engageant le défenseur international autrichien Franz Hauswirth et deux de ses compatriotes : Andreas Matthäus (naturalisé français plus tard en 1936 sous le nom de Matthieu André) et Freyberger. Le club parvient même à attirer le prodigieux milieu de terrain allemand Bubi Sold, mais il ne portera jamais la tunique du FC Metz sur ses épaules, puisque ce dernier disparaît en pleine nuit, la veille de la première journée de championnat. Un mythe rôde d'ailleurs derrière cette disparition: le joueur aurait fait ses valises après que son épouse ait refusé de s’installer à Metz ou bien le joueur se serait fait kidnappé par des émissaires allemands, sur fond d'un quelconque enjeu politique. Les messins se préparent avant le début de l’aventure et disputent deux matchs amicaux en écrasant l’AS Strasbourg (6-1) et le Stade Universitaire Lorrain (10-2). La saison du FC Metz peut alors enfin commencer !


La saison


Nous sommes le 11 septembre 1932, dans le groupe B du premier championnat de France professionnel, comprenant le Stade Rennais, l'Olympique d'Antibes, l'AS Cannes, le FC Sochaux, le SO Montpellier, le CA Paris, le SC Fives, le Red Star Olympique, et l'Olympique d'Alès. Le FC Metz s’apprête à entrer dans l’histoire devant le public de Saint Symphorien. Ils sont environ 5 000 à être venus encourager les grenats qui défieront le Stade Rennais avec cette première composition en 2-3-4 (dans le football ancien le jeu des équipes était très offensif) une composition à 10 joueurs, suite à la disparition de Bubi Sold qui figurait sur la feuille de match : Cadario est aux cages, les défenseurs sont les deux recrues Paul Thomas arrivé en provenance du club rival l’ASM et l’international autrichien Franz Hauswirth, les demi (nom donné aux milieux de terrains à l’époque) sont Eugène Gara, Charles Fosset et Matthäus André, puis en attaque nous retrouvons Louis Boé, Albert Rohbacher, Louis Eckerlen et Maurice Hippert. Pas de remplaçants puisque cette règle est apparue en 1967 dans les championnats nationaux (petite anecdote : les jumeaux Van der Graaf, joueurs au Racing Club de Bruxelles de 1909 à 1911, profitaient de leur gémellité pour procéder à des changements à la mi-temps). Les 22 acteurs de la rencontre se saluent, le coup d’envoi peut être donné par Monsieur Sidler. Après 15 minutes de jeu, Louis Eckerlen ouvre le score et devient officiellement le premier buteur de l’histoire du FC Metz. Les messins mènent d’un but à la pause, mais les Rennais ne lâchent rien et réagissent magnifiquement dès l'entame de cette seconde période en revenant au score grâce à un but de Kaiser, puis quelques minutes plus tard ils récidivent grâce au but de Jules Dominique qui offre la victoire aux Bretons.



Après trois défaites en trois journées de championnat, les hommes de Willy Steyskal enchainerons une série de trois victoires face à l’Olympique d’Alès (2-3), au SO Montpellier (2-1) et (3-2) contre le leader du championnat l’Olympique d’Antibes. Le FC Metz quitte la zone de relégation en occupant à présent la 6ème place du classement, à l'occasion de la sixième journée avec 6 points (les victoires rapportaient deux points dans l’ancien règlement). Mais lors de la 7ème journée, les parisiens du CA Paris (8ème au classement avant cette rencontre) mettront fin à la belle série du FC Metz en remportant ce match sur le score de 2 buts à 1, faisant chuter les Lorrains au classement qui deviendront neuvième, une place qu’ils conserveront sur le classement final. Les messins seront donc relégués à l’issue de cette saison.



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